Le papier est connu dans le monde entier mais sa méthode de fabrication elle est totalement inconnu à l'ouest du Turkestan.
Au moyen orient il a été rapporte que le roi Chosroês 1 (531 . 579), par snobisme, répondit à une lettre du roi des Turcs en utilisant du papier. Les autorités sassanides importaient d'Asie centrale d'importantes quantités de papier qu'elles utilisaient dans les chancelleries, au même titre que le parchemin.
Le papier était considéré comme une matière moderne, plus élégante que la peau tannée et mieux en rapport avec la dignité des souvenirs. L'odeur animale du parchemin révulsait tellement Chosroês Il (590 628) que son administration décida, pour les documents qui lui seraient donnés à lire, de ne plus utiliser que du papier chinois coloré au safran et parfumé à l'eau de rose.
Le commerce de la Perse avec l'empire chinois était intense, et les Arabes ont découvert l'existence du papier dès 637, en entrant à Ctésiphon, la capitale sassanide et c'est à la bataille de Talas, près de Samarcande, en 751, par le succès des armes, que le secret du papier est passé de l'Orient au monde musulman.
Ce support va devenir pour le monde musulman un véritable don de dieu. Ainsi quel support plus beau pouvait on alors trouvé pour transmettre la parole du Prophète ?
En moins de 150 ans les armées de l'Islam ont conquis de grandes terres du monde connu. .Si l'on excepte un échec retentissant devant Poitiers, en 732 qui a remis en cause la conquête de l'Europe du Nord. Leur progression, partout ailleurs, ne semble pas avoir rencontré de véritable résistance : les quatre premiers califes avaient conquis à la nouvelle foi un empire considérable: la péninsule Arabique, l'Égypte la Palestine. La Syrie, la Mésopotamie et l'Iran sassanides, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Cyréniique et la Tripolitaine.
Un siècle plus tard, les armées du Prophète poursuivant leur progression vers l'est, arrivent aux portes du Turkestan chinois. Au delà, c'est le bassin du Tarim et la Chine des Tang. Selon les archives chinoises, le choc eut lieu près de Samarcande, et selon les historiens arabes, à Talas : c'est cette seconde version, celle des vainqueurs, qui a été retenue par la tradition. À Talas donc, une fois de plus, le sort des armes est favorable à l’islam. Les troupes chinoises sont écrasées, l'étendard du Prophète flotte et le Turkestan passe sous la domination du calife abbasside de Bagdad.
Mais la victoire de Talas se solde par de lourdes pertes pour les forces musulmanes et marque aussi la fin de la progression arabe vers l'Orient Parmi les nombreux soldats chinois faits prisonniers à Talas par les armées musulmanes se trouvaient plusieurs artisans papetiers engagés de force dans les troupes de l'empereur de Chine conduits en captivité à Samarcande, sous l'autorité de Ziyâd, fils de Câlih, ils se firent connaître et proposèrent de révéler le secret de leur art, les vainqueurs offrirent aux prisonniers la chance de se racheter en exerçant leur métier. Les artisans chinois furent chargés par les autorités musulmanes de mettre immédiatement en oeuvre des ateliers de production. S'agissait-il d'une légende ?
En tous les cas le hasard fait que l'islam va donnait un nouveau souffle à la fabrication du papier. Très vite, Samarcande devient au Moyen Orient le premier centre de fabrication du papier et se crée une réputation commerciale qui assurera longtemps sa prospérité.
Le témoignage d'al Tha'Alibi (961 . 1038) suggère que le papier est encore considéré, au début du XIe siècle, comme une spécialité de Samarcande : ” Parmi les particularités de Samarcande. Il faut mentionner les papiers qui ont fait disparaître les rouleaux de papyrus d'Égypte et les parchemins, parce qu'ils étaient plus beaux. Plus agréables et plus commodes. On ne les trouve nulle part que là et en Chine. ”
En réalité, si Samarcande s'est acquis la réputation d'un centre papetier puissant, des unités de production locales se sont vite multipliées dans tous les centres stratégiques de la vie politique et administrative de l'islam, en empruntant les routes de l'expansion territoriale vers le sud et le sud-ouest sur les pourtours de la Méditerranée, et enfin vers le nord, en Espagne et en Sicile.