C'est, d'après les chroniques arabes, après la bataille d'Atlah, près de Talas, en 751 que la technique de fabrication fut révélée par des prisonniers de guerre chinois.

D 'abord fabriqué à Samarcande, le papier fut très rapidement produit dans la capitale, Bagdad, puis au Yémen, en Egypte, en Syrie, au Maghreb et en Espagne. C'est de là qu'il devait se répandre dans toute l'Europe chrétienne. Parce qu 'on ne pouvait l 'effacer sans laisser de traces, le calife Hârtin al-Rad (786-809) en ordonna l'emploi par la chancellerie abbas­side.

Pour le livre, les modes de diffusion de l'usage du papier furent très divers selon les régions et les communautés, dans le même espace culturel méditer­ranéen. Le papier fut rapidement adopté partout pour la copie des manuscrits arabes. Le plus ancien manuscrit arabe daté sur papier que l 'on ait conservé porte la date de 866. Il se trouve actuellement à la Bibliothèque universitaire de Leyde (BRU or.298). Un bifeuillet de papier sur lequel figure un fragment des Mille et Une Nuits, conservé à Chicago, porte, quant à lui, la date de 879, probablement postérieure à sa première utilisation. Au Maghreb, on continua jusqu 'au XIV e siècle à considérer le parchemin comme un matériau plus précieux, mais au Proche-Orient, toutes les communautés religieuses adoptèrent le papier très tôt. Par exemple, un manuscrit grec conservé au Vatican a été copié sur papier en Palestine vers 800. Cependant, le parchemin resta en usage, en gros jusqu 'au mil e siècle, pour les manuscrits de luxe en langues autres que l'arabe.

Haroun al Rachid impose l'usage du papier dans toute son administration, pour lutter centre les faux à la différence du Parchemin, qui peut aisément été gratté et sur lequel un scribe habile peut substituer un numéro à un autre : on ne peut effacer écriture à l'encre sur du papier sans entamer la feuille. La moindre falsification laisse des traces. Le papier est une garantie contre la corruption et les faux en écriture qui sont le cauchemar des hauts fonctionnaires musulmans chargés d'administrer les Provinces.

Vers le milieu du XIIe siècle le voyageur arabe al-Idrisi évoque l'industrie papetière de Xativa. Près de Valence, en insistant sur sa vocation à l'exportation : “On y fabrique un papier sans égal dans le monde civilisé, qu'on exporte aussi bien en Orient qu'en Occident. ” Pendant près d'un siècle encore, la production du papier demeure en Espagne le monopole des Sarrasins, mais avec la reconquête, les chrétiens apprendront à le fabriquer et il est possible que quelques moulins primitifs soient apparus dans le Sud de la France dès la fin du XIIe siècle. L'Europe achète aussi le papier de Damas, vendu dans les comptoirs de Constantinople, et le papier d'Afrique du Nord qui transite par la Sicile. Mais, d'où qu'il vienne, le papier est un produit musulman.

En plein Moyen âge, le rapprochement qui se fait spontanément entre papier et islam suffit à expliquer la méfiance tenace que cette nouvelle matière inspire à l'Occident chrétien. Peut-on écrire sans risque sur un support fabriqué, on ne sait comment, par des ” Infidèles ” ? Que vaut un contrat signé sur une substance peut-être diabolique, qui semble d'ailleurs amoureuse des incendies et disparais comme un feu de paille au contact de la moindre flamme ? La chose écrite est faite pour traverser le temps, pour servir de garant matériel à la parole donnée ou pour transmettre les textes de la tradition. Or, le papier, visiblement, n'est pas plus fiable que le serment d'un Sarrasin : au contact de la braise, il brûle ; dans l'eau, il se corrompt ; au moindre faux geste, il se déchire ; il est mince, fragile éphémère et d'ailleurs sans beauté. C'est un succédané médiocre et précaire du parchemin, qui reste le seul véritable support plausible pour les textes qui comptent. Voilà, du moins l'opinion qui semble prévaloir. On cite à ce sujet l'édit célèbre de 1221, par lequel Frédéric II interdit l'utilisation du papier pour tous les actes publics. Mais on oublie de rappeler que, dix ans plus tard, l'administration du même souverain sera la première à enfreindre le fameux interdit.

De nouvelles matières : le chanvre et le lin


À la différence du papier chinois, la pâte à papier arabe ne contient plus de fibres de mûrier ni de bambou.

Les principales matières entrant dans sa composition sont le lin du delta égyptien ou du levant espagnol, le chanvre de Samarcande, d'Espagne et de Syrie, sous forme de fibres végétales mais surtout sous forme tissée : cordages de chanvre et chiffons de lin. Le ” parchemin de panno ” utilisé en Espagne aux XIIe et XIIIe siècles, souvent cité dans les lois du royaume de Valence, était fait de ” pannoses ” c'est-à-dire de chiffons “pattes”. Pour les papiers égyptiens du Xe siècle, la composition est d'un quart de chanvre pour trois quarts de lin, avec une forte proportion de fibres textiles provenant de la récupération des linges de corps et des draps. Mais les fabricants de papier utilisaient aussi, semble-t-il, toute matière disponible : un médecin de Bagdad, Abd al-Latif, visitant l'Égypte au début du Xllle siècle, notait que l'on y fabriquait un grossier papier d'emballage à partir des bandelettes de momies exhumées par les profanateurs de tombes d'époque pharaonique.

Fabrication du papier arabe


« Ah, qu’il est bon le papier de Samarcande

Ne le rejetez pas si vous êtes sage

Y écrire se fait aisément et clairement

Pourvu qu’il soit bien propre et bien blanc. »

Poème de Maulana Sultan-Ali, cité dans un traité sur la calligraphie

L’introduction de l’industrie du papier et son expansion à travers le Proche-Orient et la Méditerranée occidentale furent l'un des principaux progrès technologiques de la civilisation islamique. Ce fut un jalon dans l'histoire de l 'humanité.

Avec l’introduction de la fabrication du papier dans le monde musulman et son expansion durant le IIè siècle et jusqu’au IVè siècle de l’hégire (du VIIIè au IXè siècle ap J.C.) une véritable révolution devait avoir lieu dans l'industrie. Le matériel d'écriture fut ainsi libéré du monopole, et le papier devint un produit bon marché.

La manufacture du papier fut à l'origine d'une révolution culturelle. Elle facilita la production des livres à une échelle sans précédent, et en moins d'un siècle, des centaines de milliers de manuscrits se répandirent à travers les pays islamiques. Les livres devenaient partout disponibles. et la profession de libraire (warrâq) prospéra ; dans la seule ville de Bagdad, à la fin du troisième siècle de l'hégire (9 e siècle ap. J.-C.) il existait plus d'une centaine de lieux affectés à la fabrication des livres. Les bibliothèques privées abondaient, tandis que les librairies publiques étaient établies partout, Bagdad n'en comprenant pas moins de trente-six à l'époque où elle fut dévastée par les Mongols en 1258 ap. J.-C. La science, la littérature, la philosophie et tous les domaines de la connaissance devinrent, pour la première fois dans l'histoire du Proche-Orient, à la portée de toute personne sachant lire et écrire dans chacun des pays musulmans.

L'historien George Sarton exprimait son étonnement du fait que le mot papier en langue anglaise ne soit pas d'origine arabe par reconnaissance du grand service rendu par les Arabes à l'Occident. La raison probable qu'il donne de ce fait est la confusion abusive du papier et du papyrus ; et, comme il y avait, en arabe, des mots différents pour les désigner, le mot “papier” fut adopté. Il existe cependant un mot dans l'industrie du papier qui nous rappelle le rôle des Arabes dans l'introduction de cette invention en Europe, il s’agit du mot rame en français, « ream » en anglais, « resna » en espagnol et « risma » en italien avec des termes similaires dans d’autres langues européennes. Tous ces termes ont pour origine le mot arabe « rismah » qui signifie une dalle ou un paquet de papier : cependant ce mot désigne aujourd’hui une quantité spécifique soit 480 feuilles ou plus fréquement 500. (20 mains de 25) ou 516.

La technologie de la fabrication du papier


[…] Nous avons déjà mentionné le Kitab ' Umdat al-kuttâb (Livre du soutien des scribes ou des outils de l’intelligent) de Ibn Badîs. Le onzième chapitre du livre décrit la méthode de fabrication du papier à partir du lin, et se présente comme suit :

“Description de la fabrication du papier talkhi.

Prenez du lin blanc et épurez-le de ses fétus de paille. Trempez-le dans l'eau et travaillez-le à l'aide d'un peigne jusqu'à ce qu'il devienne tendre. Puis trempez-le dans l'eau de chaux vive pendant un jour et une nuit jusqu'au matin. Puis pétrissez-le à la main et étalez-le au soleil toute la journée jusq u ' à ce qu'il sèche.

Remettez-le dans l'eau de chaux vive, pas dans la première eau et laissez dedans toute la deuxième nuit jusq u ' au matin. Pétrissez-le à la main de nouveau et étalez-le au soleil. Répétez durant trois, cinq ou sept jours. Si vous changez l'eau de chaux deux fois par jour, ce serait plus rapide. Lorsqu'il devient extrêmement blanc, découpez-le en petits morceaux à l'aide de ciseaux, puis trempez dans l'eau douce pendant sept jours également et changez l'eau tout les jours. Lorsque la chaux vive s'élimine, broyez-le dans un mortier pendant qu'il est encore humide. Lorsqu'il devient mou et qu'il n'y reste plus de noeuds, mettez-le en solution avec de l'eau dans un vase propre, jusqu'à ce qu'il devienne soyeux. Alors procurez-vous un moule de la taille que vous choisissez.. Le moule doit être fabriqué comme un panier [avec] en roseaux de samna. Elle doit avoir des parois ajourées. Mettez un vase vide sous le moule. Agitez le lin à la main et versez-le dans le moule. Remuez-le à la main de manière à ce qu'il ne soit pas épais en un endroit et mince en un autre. Lorsqu'il est homogène et qu'il est libéré de nouveau à l'intérieur du moule, et lorsque vous avez atteint le résultat désiré, déposez-le sur un plateau, puis reprenez-le et collez-le sur un mur plat. Ajustez-le à la main et laissez-le jusqu'à ce qu'il sèche et tombe. Prenez alors de la fine farine de blé et de l'amidon en quantités égales, pétrissez l'amidon dans l'eau froide jusqu'à ce qu'il ne reste rien d'épais. Chauffez de l'eau jusqu'à l'ébullition et versez-la sur le mélange de farine jusqu'à ce qu'il soit peu épais. Prenez le papier et peignez-le à la main, puis placez-le sur des roseaux. Lorsque toutes les feuilles de papier ont été peintes et séchées peignez-les sur l'autre face. Remettez-les sur un plateau et arrosez-les légèrement avec de l'eau. Ramassez les feuilles de papier, empilez-les, puis polissez-les, comme vous polissez le tissu, si Dieu le veut”.

Le procédé de base décrit par Ibn Badîs ne fut pas le seul procédé utilisé. Il semble que son livre ait été adressé aux érudits et aux copistes, pour leur apprendre comment fabriquer l'encre et le papier et comment relier les livres, pour leur épargner ainsi l ' achat de ces matériaux, ou la nécessité de chercher un tiers pour faire ce travail à leur place. Les méthodes industrielles avaient recours à un équipement plus important et plus mécanisé. Selon l’historien Dard Hunter, les principales innovations islamiques en matière de technologie du papier peuvent être résumées comme suit :



1 - L'invention du moule en bambou. Il s'agit du moule dans lequel les feuilles mouillées étaient placées pour s'égoutter et pouvaient être retirées pendant qu'elles étaient encore humides. Hunter affirme que ce fait constituait “le premier pas véritable dans la fabrication du papier, car il permit à l'artisan de fabriquer les feuilles tout le temps sur le même moule”. En d'autres termes, cette invention avait porté la fabrication du papier de l'artisanat à l'industrie. Hunter ajoute : “Même les machines de fabrication du papier les plus modernes utilisent exactement les mêmes principes”.

Avant cette invention, le moule était un châssis en bois de bambou sur lequel était tendu un matériau grossièrement tissé. La feuille de papier mouillée ne pouvait pas être retirée du tissu, et elle devait sécher dans le moule avant d'en être retirée. La nouvelle invention permit la confection d'un matériau lisse et ferme duquel on pouvait aisément retirer la feuille humide. L'enveloppe de moule était fabriquée en plaçant côte à côte de fines bandes de tiges rondes de bambou, que l'on cousait ou que l'on laçait ensemble à un intervalle régulier avec de la soie, du lin ou du crin. Les bandes du bambou et les points d'attache laissent des marques dites “lignes de chaîne” et “lignes de trame”. En examinant une feuille de papier d'un manuscrit du Coran datant du sixième siècle de l'hégire/XIIè siècle ap. J.-C., Hunter compta six bandes et demie de bambou par centimètre.

La couverture de moules en bambou lacé ressemblait à une natte que l'on poux ait enrouler ou plier. Lorsqu'une feuille de papier devait être fabriquée, la couverture était placée lâchement sur le châssis de bois de la surface qui la supportait .

L'ensemble du moule, cadre et couverture, était alors plongé dans la cuve de pâte macérée et ramené à la surface chargé du matériau fibreux humide. La natte était ensuite retirée du châssis, et la couche humide déposée à plat sur une planche ; l'ouvrier, en roulant la natte de l'extrémité supérieure à l'extrémité inférieure, gardait ainsi la feuille humide, tendre, ferme et lisse. C'était la méthode la plus simple et la meilleure qui fût jamais inventée ; et c'est de cette forme de moule que continua à dépendre la manière de faire le papier, au cours des âges.

2 - Le lin et le coton, et les chiffons de lin dans la fabrication de papier. Les dates exactes de l'introduction de ces matériaux sont encore incertaines. Nous avons vu que Ibn Badîs utilisait le lin et on rapporte que le lin et les chiffons ont été employés assez tôt, mais le coton non tissé et les chiffons de lin ne sont apparus que plus tard. Toutefois, ce furent d'importantes innovations, car les Chinois utilisaient l'écorce du mûrier, qui n'était pas disponible dans les terres islamiques, aussi des substituts devaient-ils lui être trouvés.

3 - la fermentation du chiffon. Pour fabriquer certains genres de papier, les musulmans introduisent la méthode de désintégration des chiffons de lin en les plaçant en tas, les saturant d’eau puis laissant se dérouler la fermentation ; l'ensemble était ensuite bouilli avec des plantes ou de la cendre du bois. C'était une alternative au procédé utilisant de la chaux vive décrit par Ibn Badîs.

4 - Encollage du papier. Les premiers papetiers musulmans tentèrent d'imiter le parchemin, et ils y réussirent en encollant le papier à amidon de blé, innovation qui rendit la surface du papier plus adaptée à l'écriture à l'encre.

5 - L'utilisation du marteau-pilon pour réduire les chiffons en pâte. Le principe du marteau-pilon était connu au Proche-Orient et en Chine. Mais Hunter affirme que “ce n'est que plus tard, avec le développement de la fabrication du papier par les Arabes, qu'un marteau-pilon fut employé. Les ouvriers pesaient du pied sur l'extrémité de la barre horizontale de l'outil, ce qui faisait retomber lourdement le marteau sur la substance à battre. Cette opération demandait beaucoup moins de travail que le procédé chinois ”.

6 - Premier usage d'une roue à eau pour actionner les marteaux-pilons dans les fabriques de papier. Il s'agit d'une question d'importance historique, et il nous semble opportun, à ce stade, de mentionner les points de vue de certains historiens de la technologie. Robert Forbès affirme qu' “au dixième siècle (ap. J.-C.) on trouvait des fabriques de papier flottantes sur le Tigre près de Bagdad”, alors que Hunter pense que le moulin à papier, actionné par la force hydraulique fut “inventé” en 1151 ap. J.-C. à Jativa, centre de l'industrie du papier islamique en Espagne musulmane. Par ailleurs, l'historien Glick soutient qu'il existe une documentation qui prouve que les musulmans de Jativa utilisaient une fabrique de papier actionnée par la force hydraulique ; il soulève également la question générale de savoir si la fabrique à foulon en Espagne chrétienne (qui utilise également le marteau-pilon) avait été inspirée d 'un modèle islamique ou d'un modèle de l'Europe du Nord.

Il est certain que le marteau-pilon fut utilisé dans la fabrication du papier et dans l'égrenage du riz, l'une et l'autre techniques ayant été introduites en Espagne par les musulmans. Parallèlement, la roue verticale qui actionnait le marteau-pilon était apparentée à la noria et fut également introduite en Espagne par les musulmans. De plus, bien que le moulin horizontal fût utilisé en Espagne chrétienne à des fins non industrielles, la roue verticale y était inconnue avant le milieu du quatrième siècle de l'hégire (l0 e siècle ap. J.-C.). Un autre indice est encore apporté par le fait qu'en Espagne, le moulin vertical était parfois désigné par l'arabisme 'acêna', dérivé de saniya, nom générique de la roue verticale. Tout ceci suggère fortement que les moulins à eau industriels munis de roues verticales furent introduits en Espagne chrétienne par l'Islam. Certes, il est vrai que la roue verticale était connue en France et en Italie depuis l'époque romaine, mais seulement pour moudre le blé ; il semble, donc, que les usages industriels de ce genre de roues fussent dus aux musulmans qui le transmirent à l’Espagne et de là au reste de l’Europe.



Chacun des raffinements et améliorations tendait, on le voit, à faire du papier une super sorte de superparchemin. Les manuscrits présentent une surface crémeuse et nacrée, luisante, presque vitrifiée. Il ne présente jamais une surface naturelle : il est enduit d’une ou plusieurs couches d’un apprêt destiné à le rendre imperméable à l’encre, après quoi il est plus souvent poli à l’aide de galets ou d’un polissoir en verre de forme ovoÏde.

« Prendre du riz mûr et le faire bouillir, puis verser dans un récipient large et y mettre une feuille ou deux de papier ; le laisser sécher, et puis le polir avec une boule de verre ».

[…]Le papier était largement utilisé dans le monde islamique pour toutes sortes de documents et de correspondances, pour les livres et même pour l'emballage. Il était également un important produit d'exportation à partir des fabriques de papier islamiques oriental et occidentales, et les sources arabes renferment des information portant sur les différentes catégories de format standard disponibles, ainsi que sur leurs usages.

Al-Qalqachandi disait que le papier de Bagdad (al-Baghdad) constituait la meilleure qualité de papier et qu'il était utilisé dans la rédaction des documents et des traités du calife. Le Châmi (syrie était de diverses catégories dont le Hamwi (c'est-à-dire de Hama qui était utilisé dans les services du gouvernement. Parmi les autres variétés, on peut citer un type léger connu comme le “Papiers des Oiseaux”, ainsi nommé parce qu'il était assez mince pour être porté par les pigeons voyageurs ; c'était, en effet, l'équivalent de notre papier à lettre par avion. Les variétés de papier égyptiens étaient relativement semblables à celles de Syrie.

Le papier était fabriqué dans différentes couleurs. Dans plus d'un manuscrit, on trouve des recettes pour produire du papier de couleur tel que le rouge, le vert, le bleu, le rose, le jaune et le pourpre ; et il existe même des instructions expliquant comme faire pour que le papier semble ancien.

Le Coran


Livre sacré des musulmans, le Coran (al-Qur'ân, nom verbal du verbe arabe qara'a. qui signifie « lire ou réciter ») comporte le texte de la révélation divine dictée au Prophète muhammad par l'intermédiaire de l’archange Gabriel. Selon la tradition musulmane, l’archange apparut à Muhammad alors qu'il se retirait dans la solitude, lui répétant: Iqra’(« récite », récite au nom de Dieu). Muhammad comprit qu'il avait été choisi parmi les mortels pour « réciter » aux hommes la parole de Dieu transmise par l'esprit divin. Recensé après la mort du Prophète par le troisième calife orthodoxe Uthmân (644-656), le texte coranique se présente dans une langue poétique inimitable car il est la réplique de l’archétvpe conservé au ciel, de toute éternit, sur la table gardée (sourate LXXXV. verset 22). Il comporte 114 chapitres (sourates), divisés en versets allant de 3 à 286 (ou 287), classés dans un ordre décroissant. Après la Fatiha. sourate qui ouvre le livre, s’inscrivent les sourates les plus longues. Or, paradoxalement, ce sont les plus récentes. En effet, Muhammad reçut la révélation à La Mecque, sa ville natale, puis à Médine où il dut émigrer: ce fut l'Hégire qui marque le commencement du calendrier musulman. Les sourates de la période mecquoise sont les plus courtes; ce sont des exhortations qui expriment une attitude religieuse. A Médine, le Prophète était devenu, de surcroît, un chef de communauté. Les sourates de cette période s'étirent, car elles répondent aux problèmes sociaux posés par la communauté et, tout en prolongeant le message religieux, elles fondent une attitude sociale qui fera jurisprudence. Aussi le Coran fut-il adopté comme source primordiale du droit islamique. L'écriture arabe, fixée et diffuséegrâce au Coran, se prête particulièrement, par son graphisme souple, à l'embellissement calligraphique. Le Coran, plus que tout autre texte, inspira les calligraphes de tous les temps. Le rythme créé par la lecture du texte coranique - chaque verset se termine par une rime régulière ou une assonance - et sa profonde musicalité ne pouvaient qu'inciter les artistes à prendre, dans le silence, le relais de la voix pour parer le texte divin des plus hautes créations esthétiques. Le sultan Sha'ban II et sa mère étaient de fervents amateurs d'art. Ils commanditèrent de nombreux Corans (actuellement conservés à la Bibliothèque Nationale du Caire) pour leurs fondations religieuses. Le sultan offrit trois Corans à la fondation de sa mère: le coran un seul volume, et deux autres de taille plus réduite, dont le texte est divisé en deux volumes. Kwand Baraka fit don à sa madrasa d'un Coran en trente volumes en 1368 et, l'année suivante, d'un Coran en un volume. Enfin, le sultan Sha'ban offrit un Coran en un volume à sa propre fondation. Tous ces ouvrages sont des chefs-d'oeuvre. L'ornement du texte coranique par l'enluminure n'apparaît qu'après le Xe siècle. Dans les premiers Corans. le texte seul remplit la page et fonde son propre décor dans le rythme et la force de l'écriture. Peu à peu. Un soin particulier est apporté aux titres sourates, puis des rosettes dorées séparent les versets tandis que des médaillons placés dans les marges indiquent la division du texte. Enfin celui-ci cède la place à l'ornement qui submerge les frontispices, s'insinue entre les lignes et fait vibrer les ors. Les compositions géométriques et végétales, dont les motifs se retrouve sur les céramiques, dans l'art du métal et du bois ainsi que dans l'architecture, atteignent souvent degré de perfection d'où jaillit la beauté pure: celle « qui élève l’âme » réponse à l'exaltation spirituelle du croyant face au texte révélé. L'apogée est atteint au XIVe siècle. En Egypte mamelouke, mais également en Espagne, au Maghreb, en Irak, en Turquie, en Perse et aux Indes.

Le papyrus :

Lors de la conquête arabe de l'Égypte, en 640, le papyrus était en usage depuis plus de trois millénaires et recevait alors des textes en écritures grecque et copte. Il resta utilisé longtemps après et devint l'un des supports de l'écriture arabe mais subit la concurrence du papier, et au xe siècle on n'en fabriquait plus beaucoup. L'Égypte n'était pas seule à faire usage du papyrus, qui était présent aussi en Sicile, en Syrie du Nord et en Mésopotamie. De très nom¬breux papyrus écrits en arabe dans les quatre premiers siècles de l'hégire ont été conservés.

La très grande majorité d'entre eux sont des documents tels que factures, contrats, actes notariaux ou encore lettres privées. La plupart ont été retrouvés en Haute-Egypte, probablement à cause du climat qui a permis une conservation meilleure que dans des régions plus humides. Les documents provenant d'autres régions sont rares : on en a trouvé à Fustat (Le Caire), en Palestine, à Damas, qui sont actuellement conservés à l'Oriental Institute de Chicago, à Samarra, la capitale abbasside proche de Bagdad où le calife al-Mutasim établit une fabrique de papyrus en 836.

Le parchemin :

Les livres sur papyrus ont beaucoup à nous dire sur l'histoire du livre en langue arabe et particulièrement sur la constitution des recueils de traditions. Ce n'est en effet qu'au milieu du IIe siècle de l'hégire que les savants com¬mencèrent à transcrire dans des livres le savoir concernant le Prophète, le droit. l'exégèse coranique, l'histoire…, qu'ils confiaient auparavant à des feuillets dispersés. [..]

Un autre support de l'écriture était couramment utilisé depuis de nombreux siècles en Orient au moment de la conquête arabe : le parchemin, produit à partir d'une peau d'animal traitée et séchée sous tension. Il fut employé dans le monde arabe de manière courante jusqu'au xe siècle, puis son usage ne sub¬sista qu'au Maghreb et, en Orient, dans les communautés non musulmanes. Les corans que l’on peut considérer comme les plus anciens sont copiés sur du parchemin, probablement le plus souvent à partir de peaux de mouton, de chèvre et de veau. Toutefois, le Calendrier de Cordoue, rédigé en 961, précise que c'est du mois de mai à la fin du mois de juillet que l'on fait du parchemin avec de la peau de faon et de gazelle. L'usage de peaux d'animaux non domestiques n'est donc pas à exclure, mais il ne devait certainement pas être très répandu pour des raisons pratiques et économiques. La grande majorité des livres sur parchemin copiés jusqu'au xe siècle aujourd'hui conservés consiste en corans ou feuillets de corans. On dispose de peu d'éléments pour déterminer leur origine. Ceux de la Bibliothèque nationale de France ont été acquis au Caire au début du XIXe siècle par Jean-Louis Asselin de Cherville, mais ils avaient probablement beaucoup circulé auparavant. Comme on répu¬gnait à jeter des corans portant la parole de Dieu, même hors d'usage, des dépôts ont été constitués, oubliés puis retrouvés à Damas, Sanaa, et Kairouan. Étant donné la date de leur constitution, les feuillets de corans qui s'y trouvent offrent globalement une plus grande probabilité de coïncidence entre lieu de découverte et lieu de production, mais sans donner de certitude concernant un document en particulier puisque les manuscrits ont toujours abondamment circulé.

Les dimensions des livres sur parchemin sont limitées par la taille de l'ani¬mal dont la peau est utilisée. Le manuscrit BNF, arabe 324 est l'un des plus grands que l'on connaisse, après un manuscrit conservé à Londres qui atteint 85 x 82 cm. Le format des premiers corans en écriture higàzï est vertical ou presque carré, puis un format oblong s'est imposé avec l'écriture coufique. Est-ce du fait du caractère même de l'écriture, ou par une volonté de distinguer le Coran des autres livres? Ce type de format semble lié à des écritures qui elles-mêmes ne se rencontrent que dans les corans. Si l'on connaît un manuscrit non coranique qui présente à la fois un format oblong et une écri¬ture de type coranique (BNF, arabe 2047), celui-ci reste une exception. Le format vertical réapparaît pour la copie du Coran sur parchemin à la fin du xe siècle, peut-être du fait de la généralisation de l'utilisation du papier. Il est associé le plus souvent à un style d'écriture particulier et l'on peut se demander si les deux caractéristiques ont évolué indépendamment ou si l'évolution du format est liée à celle de l'écriture. La technique de fabrication des cahiers de parchemin est différente de celle utilisée pour les manuscrits occidentaux. Dans ces derniers, le cahier est le résultat d'un pliage, ce qui a deux conséquences sur sa présentation : un nombre pair de bifeuillets et une alternance telle qu'un côté chair se trouve en face d'un côté chair et un côté poil en face d'un côté poil.

En Orient, les bifeuillets sont empilés et pliés en deux. Les manuscrits syriaques et les manuscrits arabes présentent le plus souvent des cahiers de cinq bifeuillets, mais les manuscrits arabes chrétiens sur parchemin, comme les manuscrits byzantins, présentent souvent des cahiers de quatre bifeuillets. Parfois, l'alternance des côtés poil et des côtés chair est telle que le cahier pourrait être le résultat d'un pliage, et parfois non, comme dans BNF, arabe 6725. Au Maghreb, le parchemin a été utilisé de manière courante plus longtemps qu'en Orient. Les corans, jusqu'au xIve siècle, y ont été copiés sur parchemin, ainsi que des recueils de traditions, en particulier le Muwattà de Mâlik ibn Anas, ouvrage essentiel de l'école juridique malékite particulièrement suivie dans la région. D'autres textes, comme le traité sur les lectures coraniques d'al-Dâni, ont pu parfois aussi être copiés sur parchemin mais ils sont beaucoup plus rares. Il semble que le parchemin, matériau cher, ait été réservé à des copies de luxe généralement enluminées. Leur format est carré ou proche du carré, et les cahiers peuvent être constitués de cinq, quatre ou trois bifeuillets. C'est aussi au Maghreb que l'on trouve des cahiers constitués à la fois de papier et de parchemin.

Dans BNF, arabe 6499, un ouvrage considéré comme le texte essentiel de la grammaire arabe, le Kitâb de Sibawayhi, le parchemin a eté placé à l'extérieur et au centre des cahiers, de manière à tirer parti de sa plus grande résistance. Des manuscrits hébreux copiés en Espagne, en Italie et dans le monde byzantin présentent aussi des cahiers mixtes. Au Proche-Orient, le parchemin n'a plus été utilisé, après la généralisation du papier, que dans les communautés non musulmanes. Des manuscrits syriaques ont été copiés sur parchemin jusqu'au XIIIe siècle et c'est probablement dans une communauté chrétienne proche de Diyarbakir que fut trans¬crite au XIIe siècle une traduction de la Materia medica de Dioscoride sur parchemin (BNF, arabe 4947). Copier un texte arabe sur parchemin était exceptionnel à cette époque au Proche-Orient, les manuscrits en langue arabe, y compris ceux contenant des textes chrétiens, étant alors copiés sur papier.

L'hégire

16 juillet 622

l’Hégire :

Début de l'ère musulmane Persécuté par des tribus arabes polythéistes mecquoises qui ne croient pas à la conversion à un dieu unique, Muhammad quitte la Mecque pour se réfugier à Yathrib, la future Médine. C'est à partir de cette ville, rebaptisée Madinat al-Nabî (“ville du prophète”), qu'il va diffuser son message religieux à toute la péninsule arabique. Pour les musulmans, le départ de Muhammad marque le début de l'ère musulmane. Cet épisode fondateur prendra le nom d'Hégire, du mot arabe “hijra” qui signifie “émigration”. Mahomet : Transcrit en turc, nous aurons par exemple : Méhémet. Il faut comprendre que certaines lettres arabes n'existent pas forcément dans une langue étrangère, et inversement. En chinois, il faudra l'inventer. Le créer de toute pièce. En français, on peut trouver écrit : Mohammad (courant), Mouhammad (africain francophone), Muhammad (proche à l'allemand), Mohamad (avec un seul m, proche des milieux d'Afrique du Nord. Cela vient de l'emploi courant de diminutifs dans la langue courante).

Communiqué : La Ligue internationale pour la défense de l'Islam et des Musulmans vient d'écrire à l'Académie française pour demander la modification de son célèbre dictionnaire. Elle demande la suppression du mot Mahomet au profit de Mohamed. Le premier dérive de « Ma houmid », qui signifie explicitement « le Non Béni » ou « l'Exécré », tandis que Mohamed signifierait « le Béni » (Source : F&D, n° 149).