Depuis le XIIIe siècle, et en dépit de quelques améliorations techniques, le collage traditionnel des feuilles à la gélatine, effectué en fin de fabrication après un double séchage du papier, est toujours une opération particulièrement délicate, au cours de laquelle les ouvriers les plus habiles ne pouvaient pas toujours éviter les ” cassés ”.
En 1807, un horloger allemand, descendant d'une grande famille de papetiers, fait paraître à compte d'auteur un mémoire présentant une méthode ” sûre, simple et peu coûteuse ” pour encoller le papier dans la masse ”. Au lieu de réaliser l'encollage en plongeant la feuille séchée dans un bain de gélatine, on introduit la substance imperméabilisante directement dans la pile où la pâte est triturée. À la gélatine animale, qui nécessitait une longue préparation (les déchets de peau animale étaient bouillis et filtrés), il s'agit de substituer le mélange de deux Produits chimiques aisément disponibles : un sel isomorphe, l'alun déjà utilisé depuis le XVlle siècle comme ” mordant ” pour fixer les teintures - et une résine naturelle de térébenthine, la Colophane - sous la forme d'un savon de résine obtenu par réaction à la soude.
En versant dans la pâte à papier ce mélange de résine et d'alun, la colophane est précipitée sur les fibres de papier en résinate d'aluminium et la pâte est encollée de l'intérieur. On supprime une étape de la chaîne de fabrication du papier et on garantit la réussite du collage en limitant considérablement les risques de défauts de fabrication. Le produit obtenu est parfaitement imperméable à l'encre, quoique mou et pas assez ” sonnant ” pour le goût de l'époque.
Cette technique n'entrera en application que progressivement : à ses débuts ce papier encollé dans la masse ne recueille pas l'approbation des éditeurs. Cette méfiance était justifiée : comme pour le cylindre hollandais, l'avenir prouvera que ce nouvel encollage produit des papiers chimiquement beaucoup moins stables que la gélatine animale traditionnelle.
Défini dans les premières années du XIXe siècle, l'encollage ” dans la masse ” ne semble s'être généralisé qu'entre 1830 et 1875, c'est-à-dire à l'âge industriel et essentiellement avec le papier de bois. L'alun en revanche était utilisé depuis longtemps et s'est avéré un redoutable ennemi du papier : si l'on compare les papiers sans alun du début du XVIIe siècle et les papiers traités à l'alun de la fin du siècle, on constate une multiplication par seize du taux d'acidité et une perte des deux tiers de la résistance au pliage.
En 1830, la production à la cuve atteint son maximum d'efficacité, grâce aux perfectionnements techniques de l'époque des Lumières (blanchiment au chlore et nouveaux procédés d'épuration). Mais le monde du papier est toujours dans un goulot d'étranglement technique, social et commercial, qu'aggrave la demande, de plus en plus forte.
Si la qualité de la pâte et ses méthodes de fabrication se sont sensiblement améliorée, la production est toujours limitée par la vitesse de fabrication des feuilles qui se lèvent une à une à la main et provoquent des ” cassés ”.